Allaitement et PMA : rends-moi mon corps.

Hello !


Je reprends mon clavier pour vous partager un peu de mon expérience sur un sujet dont on parle beaucoup depuis quelques temps : l'allaitement maternel. A l'occasion de la "Semaine mondiale de l'allaitement maternel", qui avait lieu du 17 au 23 octobre 2022, j'ai vu beaucoup de posts sur ce sujet et je me suis rendue compte que je ne vous avais pas parlé de mon expérience avec Billie.


Je vous avais raconté dans un post à l'époque ce que j'avais vécu avec Charlie. Je vous invite à le lire, mais ce qui en ressortait, c'est que j'ai essayé de l'allaiter au sein mais que la douleur a été tellement forte que j'ai dû arrêter rapidement, pour ensuite tirer mon lait et lui donner au biberon pendant quelques semaines, et enfin finir par lui donner du lait industriel.

Parce que je sais que lorsqu'on attend un enfant on se pose 1000 questions sur le sujet, je me suis dit qu'il serait bien que je vous partage ma seconde expérience avec Billie, ma deuxième fille.


Pour cette nouvelle naissance, je ne m'étais mise aucune pression. J'étais bien plus détendue que pour Charlie. Je savais que je voulais essayer l'allaitement, mais ne pas forcer et me culpabiliser si cela ne fonctionnait pas. Billie est née en juillet 2021. Les premiers jours ont été très, très douloureux. Voire même les deux premières semaines, les larmes venaient dès qu'elle approchait mon sein. J'avais mal. J'ai persévéré un peu, utilisant un max d'outils et de conseils de pros, en faisant du tri parmi ces derniers, car certains sont culpabilisants.


Tout s'est ensuite enclenché, un peu comme par magie ! J'ai adoré l'allaiter. Tout se passait bien, je n'avais plus de douleurs, elle prenait bien le sein etc. Et j'ai créé avec elle une relation assez fusionnelle car je me levais la nuit pour elle, j'étais à sa disposition à chaque fois qu'elle le réclamait, pendant qu'Aurore prenait le relai avec Charlie. J'aimais ces moments, dans le silence, dans la nuit, elle contre moi. Des moments si forts, uniques, qui me donnaient pleinement ma place de mère. Bref, le rêve, je vivais enfin cette merveilleuse expérience dont on parlait tant !



Un jour, j'ai dû m'absenter de la maison pour une petite course. J'avais fait mes calculs, je serai de retour à temps pour la prochaine tétée. A peine partie depuis 1h, Aurore m'a appelée en urgence : Billie hurlait de faim. J'étais en voiture, épuisée, et j'ai conduit comme jamais je n'ai conduit, à toute vitesse pour rentrer, l'imaginant pleurer et m'appeler, et sachant que j'étais la seule à pouvoir lui apporter ce qu'elle réclamait. Je suis arrivée, le sein déjà à moitié sorti de mon tshirt, et je me suis jetée sur le canapé, bras tendus pour qu'Aurore me passe Billie.

J'ai fondu en larmes.

J'étais épuisée.

Exténuée.

Le poids de la charge mentale de cet allaitement m'avait plaquée au sol.

Pendant les quelques minutes de trajet en voiture, mon corps, mon coeur, ma tête étaient en alerte générale. J'avais osé quitter la maison 1h. M'éloigner d'elle. J'aurais pu tirer mon lait me direz-vous, j'avais le matériel nécessaire mais nous n'avions pas mis cela en place encore.

Je me suis remise de cet ascenseur émotionnel, et j'ai continué d'allaiter Billie. Mais petit à petit, c'est mon corps qui a saturé à son tour. J'avais beaucoup, beaucoup de lait. C'était déjà le cas pour Charlie (je donnais mon lait au lactarium tellement j'en avais en trop). Mes seins étaient tout le temps très gonflés, et le lait s'écoulait en permanence si je ne comprimais pas. Je mettais des cotons, des soutiens-gorge toujours plus serrés sinon j'étais un robinet ouvert ! Mes vêtements tâchés, l'odeur permanente du lait, je ne supportais plus.

Je vivais un vrai bien-être et plaisir à nourrir Billie comme ça, soulagée aussi que tout se passe bien, sans douleurs comme j'avais pu le vivre avant, j'aimais la fusion avec elle, l'impression d'être au top de la maternité comme les réseaux sociaux nous l'inculquent (allaiter c'est être cool sur Instagram). Mais j'implosais.


Je voulais récupérer mon corps.


J'ai mis du temps à comprendre pourquoi je n'en pouvais plus. Pourquoi je voulais que ça s'arrête à tout prix. Pour avoir notre 2ème enfant, nous avons démarré la PMA en décembre 2019. Piqûres hormonales, prises de sang, échographies, corps gonflé, totalement dédié à concevoir. 3 essais, 6 mois plus tard, je tombe enceinte. Pendant 3 mois, mon corps est dédié à cette grossesse, je suis gonflée d'hormones encore, mon corps change etc. Je fais une fausse-couche en août 2020. Corps et coeur en souffrance. Je repars deux mois après en parcours. de PMA, je tombe de nouveau enceinte et s'en suit une grossesse classique jusqu'à la naissance de Billie.


Nous sommes en octobre 2021, Billie a bientôt 3 mois, et je n'en peux plus. Depuis décembre 2019, soit presque 2 ans, j'ai mis mon corps entier à disposition d'une grossesse potentielle. Je veux qu'on me le rende. Je veux le récupérer. Je veux me détacher de tout ça, je veux qu'il m'appartienne de nouveau. Ne plus avoir ces seins lourds, déformés, chargés de lait. Pouvoir m'éloigner physiquement de mon enfant sans avoir la sensation que je pars avec sa gamelle.


J'ai arrêté d'allaiter, en une semaine. J'ai introduit du lait industriel, Billie a tout de suite accepté celui-ci et le biberon. Et je suis partie à Paris 48h pour le travail, mais aussi pour souffler. Mes seins sont devenus minuscules, vides. J'ai arrêté de porter des soutiens-gorge, je me suis sentie légère et libre.


J'ai repris possession de mon corps. J'avais enfin la sensation de sortir de ce tunnel de PMA qui perdurait depuis 2 ans. C'était enfin terminé. Etrange je pensais ressentir la fin de tout ça à la naissance de Billie, mais non, j'avais besoin de couper ce cordon.


Billie a un an, et je repense beaucoup à cette période. Je suis très nostalgique de l'allaitement. Cela me manque. J'ai tellement aimé l'allaiter. Parfois je m'en veux d'avoir arrêté brutalement, que la décision n'ait pas été prise par elle aussi. Les réseaux sociaux culpabilisent beaucoup sur ce sujet, ces mères qui semblent parfaites, leur bébé au sein. J'ai beaucoup de recul par rapport à tout ça. Je sais combien le fait d'allaiter doit être rendu encore plus visible car beaucoup trop de cerveaux réduits sexualisent cette pratique ou veulent la cacher. Il faut montrer ces femmes, il faut que chacune puisse allaiter où elle souhaite, quand elle le souhaite (et quand bébé le réclame surtout). Jamais je n'ai ressenti de gêne à allaiter en public. Je ne suis pas pudique, je dégainais mon sein dans la rue sans problème ! Et je sais que je le dois aussi à ces femmes qui affichent leur allaitement sur les réseaux sociaux, aux marques comme Tajine Banane qui créent des vêtements adaptés (marque incroyable qui m'a accompagnée tout mon allaitement et que je porte encore).


Si la culpabilité et la nostalgie m'envahissent parfois, j'ai aussi beaucoup de compassion pour la femme que je suis qui s'est battue pour avoir ses enfants. Qui a tout donné, tout son corps, ses larmes, ses espoirs, ses hormones, ses douleurs, ses joies dans la PMA. Mon corps, je l'ai donné pour mes enfants. J'avais atteint ma limite, j'étais fatiguée, et je ne peux pas en vouloir à la mère que j'étais il y a un an.


Alors aux femmes qui veulent allaiter, à celles qui ne le veulent pas, je n'ai pas de conseil car il n'en existe pas. A part de vous écouter et de vous pardonner, quelle que soit votre décision. Vous êtes la meilleure mère pour votre enfant.


Voilà, je voulais poser ces quelques mots ici, pour me relire et me souvenir plus tard, pour vous partager un peu de mon histoire aussi. Parce que j'ai mis du temps à comprendre ce qui s'était passé pour moi.

N'hésitez pas à me laisser un commentaire ici. Cela fait une éternité que je n'avais pas écrit sur mon blog, j'ai passé un très bon moment à le faire aujourd'hui. J'espère que vous en aurez autant à me lire.


A très vite <3


MC